Choc de productivité !

Oui, les « chocs de », c’est un peu comme les Grenelles à une époque, c’est à la mode !

Si vous êtes abonné à la page facebook de la raterie, vous avez dû remarquer un certain mouvement ces jours-ci. Trois articles en une semaine, est-ce bien raisonnable ?

C’est que j’ai mis à profit tout le temps dégagé par mon arrêt de la reproduction, ma mise en retrait par rapport aux sempiternels conflits de cour d’école (qui semblent, certains jours, être les seules « preuves de vie » de cette communauté), et la relative réduction de l’effectif de ma troupe (nous n’avons plus « que » quatre crapauds), pour faire marcher mes petites cellules grises, me documenter, apprendre, avoir quelques discussions forts intéressantes avec quelques cerveaux qui surnagent dans la médiocrité généralisée, pour travailler. Produire. Faire ce que finalement je fais de mieux : de la théorie, avoir des idées, les partager, les creuser. Faute de faire marcher les testicules de mes rats, j’ai fait marcher ma cervelle.

Notamment, j’ai repris à zéro un travail ébauché l’année dernière, qui avait donné lieu à la diffusion d’un petit document dont je n’étais pas très contente (sur la forme), mais assez convaincue du potentiel (sur le fond). J’ai lu des bouquins, j’ai épluché chaque idée, j’ai fait des dessins, des simulations sur ordinateur, jusqu’à être assez contente de moi. Mais j’ai eu un petit souci : une fois ce travail fini, j’ai abouti à un document assez… joufflu, pour le dire pudiquement. Et je me suis dit que si je le balançais comme ça, le seul nombre de pages allait faire reculer la plupart des gens à qui je le destinais en écrivant. Parfois, pour bien expliquer quelque chose, il faut de la place, du temps. Un document plus court aurait été moins clair, mais j’ai eu peur qu’il fasse peur. Il est en cours de relecture par quelques courageux volontaires que je remercie, et il sera diffusé en temps et heure. Mais avant cela, j’ai eu envie de faire un peu de « teasing », le publier par extraits ici, dans l’espoir fou d’accrocher l’attention de quelques curieux, de servir à quelques personnes, de les amener progressivement vers le document final sans la brutalité du pdf nu. C’est ce qui a déclenché cette frénésie de publication cette semaine, avec une première série de trois articles consacrée à quelques bases sur la consanguinité (le premier ici). Et ce n’est que le début.

J’ai envie de donner envie aux gens de lire ces choses, de profiter du travail que je leur offre. Je ne gagne rien à faire tout cela : ce dont je parle là-dedans, c’est quelque chose que je ne ferai jamais moi-même. Par contre, je pouvais le comprendre, l’élaborer, le travailler. Profiter de ma formation scientifique, et de mon expérience en vulgarisation, pour essayer de la mettre au service de personnes n’ayant pas ce background, mais toutes les capacités pour comprendre quelque chose si on leur explique bien. Je l’ai fait dans un esprit de partage, et parce que j’y crois.

Ma plus grande fierté, à ce jour, est de savoir que j’ai convaincu au moins une personne, Ancalimë, de mettre en œuvre une partie des idées que j’ai décortiquées au fil de ces mois dans son propre projet de reproduction. Mais Ancalimë, c’était presque facile : j’avais déjà son oreille. Je dis « presque » car elle n’est pas du genre à avaler n’importe quoi non plus, et je pense que si elle avait trouvé ça débile, elle me l’aurait dit. Mais d’un autre côté, on se connaît bien et je pense qu’elle avait tout de même un a priori assez bienveillant d’emblée sur ce que j’allais pouvoir lui raconter. Mes prochaines fiertés, s’il y en a, seront de toucher d’autres personnes, de les aider à apprendre, à dépasser leur zone de confort, à réfléchir et avancer. L’avenir le dira. J’ai conçu le document « final » comme quelque chose d’auto-contenu, assez complet pour être compris même quand je ne serai plus là, à côté, pour sous-titrer et tenir la main du lecteur. Qui sait, cela aura peut-être un avenir.

Et ça m’a donné envie de continuer, à bosser, réfléchir et partager. Outre la diffusion progressive et ultime du document en question sur les schémas de reproduction, j’ai appliqué la même démarche et le même plaisir à d’autres sujets. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai mis à jour les sommaires de la rubrique piratologie, en commençant par la rubrique sélection qui présentera les extraits du document « oncle pirate » version 2, mais aussi dans les rubriques rathématiques et santé, où je me suis rendue compte que j’avais encore des choses à dire, des choses à partager. J’ai envie de vous expliquer comment lire une étude scientifique et ce que signifie ce fameux « petit p » qui nous dit si le résultat d’une expérience est sérieux ou pas. J’ai envie de vous convaincre de l’importance d’une autopsie, d’une analyse anatomo-pathologique. J’ai envie de vous raconter une chose très très chouette que j’ai faite cette année avec une autre ratouphile et des vétérinaires (sauf que je n’en ai pas encore le droit parce que c’est top secret, mais je vous le raconterai plus tard). Peut-être que ça ne servira pas à grand chose, tout ça, mais si ça sert à quelques personnes au moins, j’aurai l’impression… d’avoir servi à quelque chose dans le « monde du rat ».

Et dans cette frénésie, j’ai même (enfin !) pris le temps de faire des fiches à mes rats. Mère indigne ! Oh, ce ne sont pas les meilleures que j’aie faites (j’ai bien peur de ne jamais retrouver l’état de grâce avec lequel j’avais écrit les fiches de Canard et Ni Clou Ni Vis). L’exercice imposé de la première personne est un peu difficile à tenir sur la durée. Mais bon, au moins, ils les ont.

J’ai quand même pris le temps de passer au chapitre des disparus les fiches de tous ceux qui nous ont quitté… trop nombreux comme toujours, dure année comme souvent… je pense fort à eux, à notre papy Croquenote dont les dernières semaines ont été tellement baignées de douceur, au départ brutal et précoce de Woodewood Chuckchuck, à la douleur des derniers jours de Gary Gygax, et à tous les autres…

J’ai aussi pris le temps de digérer des déceptions que j’ai vécues sur le coup comme des trahisons, mais qui laissent, toujours, des marques, même après le pardon, même après l’introspection. Une forme d’usure, mais je pensais qu’elle viendrait des rats, pas des gens. J’ai pensé à arrêter. J’ai toujours pensé que j’arrêterais à cause des rats eux-mêmes, du chagrin que chacun de leur départ cause. Mais je n’ai réellement envisagé d’arrêter d’en avoir qu’à cause des humains. Cela ébranle, quand toute son action est justement tournée vers autrui, profondément altruiste. Mais les rats, eux : les rats ne m’ont jamais déçus. Et je crois que je ne me vois pas encore vivre sans eux. La seule angoisse qui reste étant surtout : où trouverai-je les prochains.

Et la reproduction dans tout ça ? Bah, je ne sais pas. Je ne peux pas dire que l’envie ne titille pas, parfois. Mais avec quel partenaire ? Ce que je vois tous les jours chez beaucoup de personnes faisant de la reproduction me désole. Et avec quelle ambition ? Maintenant que j’ai dans la tête une bonne manière de faire, je m’en voudrais de ne pas faire autrement, mais c’est impossible compte-tenu des contraintes logistiques que je me fixe pour moi-même, alors… « faites ce que je dis, pas ce que je fais », ce n’est pas quelque chose qui me plaît. Et puis, prendre le risque d’un autre échec… je ne sais pas. D’un autre côté, j’ai de chouettes mâles, un très beau groupe en ce moment, vraiment plaisant et équilibré, proche de l’homme comme jamais, et on a réglé un certain nombre de soucis qui nous avait plombés dans le passé (comme le surpoids chronique…). J’ai le petit ange et le petit démon sur les deux épaules en ce moment-même. Je crois que je saisirai les opportunités s’il y en a, mais je ne suis pas certaine d’aller les susciter activement. Qui vivra verra.

J’ai l’impression d’être meilleure pour la théorie, pour les palabres. Meilleure pour les discours que vraiment faire. Chacun sa spécialité, peut-être…

Mais ça, ce n’est pas à moi de le dire…

Il y a 2 commentaires !

  1. Malvina L 30 mai 2014 at 9:21 |

    Bien que je ne sois pas une personne qui mettra en pratique ce que tu as pris la peine de nous expliquer (je ne compte en aucun cas faire de repros), et malgré le fait que mon cerveau ai surchauffé par moments, je trouve que les premiers articles que tu as publié sont très intéressant et constructif. Je suis sûre qu’il rendront service à bon nombre de personnes.

  2. Sabine 2 juin 2014 at 11:10 |

    Salut Artefact
    Je n’ai pas encore pris le temps de lire les documents. J’ai juste parcouru le premier. J’essaie de le faire un de ces 4. Bon cela fait toujours plaisir de te lire….

    à +
    Sabine

C'est vieux, n'en parlons plus

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