ARK Coke en Stock

Coke en Stock nous a prématurément faussé compagnie le 25 septembre 2016. Son cœur était très dilaté, peut-être à cause d’une maladie des valves cardiaques, un gros caillot s’était formé dans son oreillette droite, il est tombé en hypothermie et s’est doucement éteint. C’était un bon chef, son absence soudaine a laissé un grand vide dans la cage.

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Tu dis ça parce que je suis noir !

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Ma description : Noir et fier, radicalement uni, standard lisse.

Mon poste sur le bateau : Libération des opprimés et convergence des luttes. A mon arrivée sur le bateau, j’ai subi contrôles au faciès et violences policières de la part de la dictature militaire en place, la junte de Sapeur Camember, un bleu agouti abusant de ses privilèges néocoloniaux. Après avoir rasé les murs pendant de longs mois, l’éveil de ma conscience politique m’a permis de me dresser contre cette oppression ratiste, j’ai pris mon destin en main et je ne laisse désormais aucun rat parler à ma place.

Ma fiche au LORD : Mes activités politiques et mon engagement m’ont forcément fait repérer par cette société oppressive qui fiche les gens et piétine leurs libertés individuelles. Les renseignements généraux du rat me connaissent sous le matricule ARK42281M.

Ma date de naissance : 2 janvier 2015.

Mes origines : ma mère R2G Calling the Rain savait appeler la pluie comme mes ancêtres griots esclaves victimes des crimes de la colonisation.  Mon père TWR Charbon  porte en son nom même les stigmates du prolératiat oppressé par le ratronat et les classes dominantes.

Les gènes que je porte : je suis contre le système élitiste et aristocratique qui donne des privilèges aux rats bien nés et cantonne dans un sous-rôle le prolératiat sans patrimoine, mais je revendique mes origines et mon héritage mémoriel qui demande réparation des crimes séculaires de l’homme, et de la femme, et des autres, contre l’animal non humain et en particulier le rat qui est le seul dont j’ai le droit de parler puisque je n’appartiens pas aux autres espèces. Du coup, je dois vous avouer que je n’ai pas encore déconstruit mon privilège généalogique et que je ne sais pas encore si je dois vous répondre, on fera une assemblée générale libertaire vraidémocratique pour en décider prochainement.

Mon caractère : La juste colère et les esprits décolonisés dérangent, évidemment. L’humain en place qui croit savoir mieux que moi ce dont j’ai besoin, pratique allègrement le tone policing lorsque ma manière de déconstruire mes petits camarades est « trop violente », et ma dissidence m’a valu plusieurs séjours dans la geôle politique appelée « mitard ». Je note d’ailleurs que ce fut aussi la geôle de Nelson Super Timor, héros de libération ratesque et rat noir lui aussi, coïncidence ? je ne crois pas ! Heureusement, à force de travail collaboratif autogéré, mon nombre d’alliés augmente et nous progressons ensemble dans le vivre-ensemble panespèces.

Mes petites manies : maintenant que j’ai découvert l’empowerment, j’aide mes alliés à déconstruire leurs privilèges en revendiquant mon droit à manger avant eux dans la gamelle, et je montre à mes camarades qu’ils ne sont pas obligés de se conformer aux stéréotypes spécistes intérioriés en chiant à côté du bac que le sapiensarcat veut nous imposer. Je déconstruis aussi le fauteuil du salon pour revendiquer la mixité dans l’espace public et j’organise tous les soirs place du canapé une manifestation #RatsDebout pour faire venir le dîner plus vite.

Ma santé : grâce à mon régime alimentaire écobiovégétariste respectueux de toute forme de vie et proche de la nature et mon activité physique militante et manifestatoire, je suis en pleine forme, et je ne permettrai à aucun grossophobe de faire des remarques sur mes petits bourrelets, car je n’ai pas besoin d’être validé. D’ailleurs, la seule fois où je les ai perdus, c’était à cause d’un rhume discriminatoire contre lequel j’ai heureusement pu rapidement me défendre grâce à mes armes militantes bien affûtées.

La santé de ma famille : Le fichage va décidément loin puisque toutes les informations sur la famille de mon père, de ma mère, et tous mes frères et soeurs sont non seulement consignées mais publiques !

L’histoire de mon nom : Je suis fier d’avoir renversé le stigmate et de porter fièrement un nom qui rappelle au monde ses crimes ratistes, le nom de code « Coke en Stock » désignant les esclaves transportés dans la cale par l’infâme Rastapopoulos dans la bande dessinée du même nom (une bande dessinée odieusement spéciste, d’ailleurs, il n’y a qu’à voir le traitement du personnage de Milou !). Le coke étant aussi un produit du charbon, je porte ainsi le souvenir indélébile de mon père et de mes origines, qui me donnent la force de lutter même quand l’oppresseur essaie d’acheter ma docilité avec des cookies.

L’histoire de mon adoption : déporté de mon lieu de naissance et passé de main en main dans des geôles minuscules, mon émigration clandestine a duré plusieurs jours, des Landes jusqu’en Bretagne en passant par un camp d’hébergement d’urgence à Paris, caché dans un vulgaire sac pour échapper aux contrôles arbitraires et liberticides des contrôleurs de la SNCF (j’avais pas de billet).

Ferai-je des bébés ? Alors, quoi, parce que je suis un rat noir, je suis sensé me reproduire comme un lapin pour profiter des allocations vétérinaires ? Halte aux clichés ! D’ailleurs cette question suppose que je suis cishétéro non asexuel et personne n’a à faire ce genre d’hypothèses avant de m’avoir demandé comment je me détermine. De toute manière, même si je le voulais, dans ce système sapiensarcal, eugénisme et ségrégation hirsutocoloriste et sexiste sont la règle et le système veut contrôler mon corps, mes choix. Plutôt que me reproduire au détriment des ressources de la terre (je suis aussi anti-céréaliste), je prévois plutôt de profiter de mon male-passing pour fonder le Collectif contre la Ratophobie des Indignés de la Ratublique, un mouvement de lutte inclusif qui donnera la parole à mes froeurs bigenre, bigoût, polymarquages et panespèces, et à tou.te.s les autres concerné.e.s.

Ah, un camarade me signale que je viens de tenir des propos lapinistes problématiques. Je vous laisse, il faut que j’aille déconstruire mes stéréotypes antilagomorphes pendant deux ou trois jours derrière un coussin safe.

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