Incorporation à l’équipage

C’est un des sujets majeurs de questions et demande d’aide sur les forums d’amateur : je vais avoir un nouveau, comment l’intégrer ? J’ai un nouveau et l’intégration se passe mal, que faire ?

Avertissement

Cet article décrit comment nous intégrons nos nouveaux pirates et pourquoi nous procédons ainsi. Elle suppose une certaine expérience, une bonne connaissance des rats en général et de ses rats en particulier, une certaine composition du groupe (elle n’est sans doute pas adaptée à tous les rats) et certains traits de personnalité de votre part (si vous êtes de nature très anxieuse, cela peut ne pas vous convenir non plus). Je ne recommande pas cette méthode aux débutants. La méthode conventionnelle est sûre, efficace et éprouvée : c’est la première vers laquelle se tourner si on débute, si on a un doute, si on n’est pas à l’aise, ou si on préfère la sécurité des sentiers déjà bien battus.

Pourquoi faut-il faire une intégration ?

Pour les néophytes qui découvriraient cet article et afin d’être la plus complète possible, je rappelle que les rats sont des animaux territoriaux : ils sont susceptibles de montrer une grande violence face à un intrus car ils défendent leur territoire, cela fait partie de leur instinct. Il est donc strictement proscrit de balancer un petit nouveau dans la cage des anciens sans ménagement ni précaution : il pourrait lui arriver des bricoles (qui vont de la blessure grave à la mort, et je ne plaisante pas du tout, c’est un risque réel). Pour cette raison, il est hautement recommandé de prendre des précautions pour faire accepter le nouveau aux anciens avant de les faire cohabiter. Il existe une méthode classique, que l’on trouve sur tous les forums d’amateur et qui est recommandée à tous les débutants. Je vais la rappeler ci-dessous avant d’exposer la mienne.

Rappel sur la méthode conventionnelle

La méthode classique procède essentiellement en deux étapes :

  • présentation en terrain neutre : sur une table, un lit, un canapé… où aucun des rats ne va habituellement et dépourvu d’odeurs connues, on place le ou les nouveaux, puis progressivement on ajoute les anciens (du plus soumis au plus dominant, ou du plus cool au plus sport). Ces présentations sont répétées aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que les rats se soient correctement reniflés, éventuellement bagarrés / dominés, et semblent se tolérer mutuellement.
  • nettoyage complet et rigoureux de la future cage commune (qui est en général la cage où vivaient les anciens), réaménagement des accessoires et enfin mise en cage commune.

Lorsque la première étape ne se passe pas très bien, ou si la deuxième se passe très mal, on peut intercaler une étape intermédiaire, au cours de laquelle les rats sont mis ensemble dans une cage neutre (jamais occupée par aucun des rats) et vide d’accessoires jusqu’à ce que les choses s’arrangent (une introduction progressive d’accessoires est parfois pratiquée). Idem pour la cage commune, certains la vident d’accessoires et ne les ajoutent que progressivement ensuite.

En cas de pépin, des tas d’astuces sont proposées : faire des sous-groupes (intégrer le nouveau à deux ou trois rats cools, plus refusionner les deux groupes ensuite), faire un tour en boîte de transport (le stress des bruits et odeurs du dehors pour souder les anciens et les nouveaux dans l’adversité), jouer sur les odeurs (donner un bain, parfumer à l’eau de fleur d’oranger, rouler le nouveau dans la litière des anciens…). Je suis assez sceptique sur tout cela mais n’en ayant jamais eu besoin, je ne peux pas vraiment me prononcer, et si ça marche chez ceux qui en ont besoin, tant mieux.

Observations pirates sur la méthode classique

Comme tout le monde, j’ai commencé avec la méthode classique, j’ai intégré de cette manière au moins 5 ou 6 rats et je n’ai pas eu à me plaindre du résultat, en dehors de quelques draps pourris par du caca mou et quelques nuits ponctuées de hurlements de ratons. Mais au fur et à mesure, j’ai constaté que mes rats avaient vraiment l’air stressés par cette méthode, avaient l’air de ne pas comprendre pourquoi on faisait tout ça. De fil en aiguille, j’en suis venue à me dire que fondamentalement, la méthode classique d’intégration repose sur la déstabilisation : stresser les rats, faire des choses qu’on ne fait pas d’habitude, dans des lieux et odeurs inconnues, déménager tout leur intérieur en leur absence… Alors que l’arrivée d’un nouveau peut déjà être un événement stressant en soi, j’avais le sentiment en suivant cette procédure d’aller dans une surenchère du stress, peut-être inutilement.

En particulier, j’ai remarqué :

  • que le terrain neutre ne semblait pas vraiment favoriser une rencontre harmonieuse, ni même la rencontre tout court ; les rats posés sur un terrain inconnu et plat ne pensaient qu’à se barrer de là vite fait et rentrer vite chez eux, parfois sans s’intéresser une seconde au nouveau ; en faisant ainsi on leur envoie d’emblée de gros signaux « attention il va se passer un truc pas normal », et on les place dès le début dans un état de tension ou de méfiance ;
  • que la politique de non interventionnisme renforçait encore ce stress, et que laisser dégénérer une bagarre ou donner l’impression aux rats qu’on les avait « abandonnés là » à eux-mêmes ne participait pas non plus à ce que les rats s’acceptent d’emblée comme des potes, avec parfois pour conséquence un raton qui ensuite rase les murs de la cage pendant des jours et des jours, et une perte de confiance en nous ;
  • que mes rats détestent qu’on bouge trop de choses dans leur cage et que cela concourait, une fois encore, à attirer au maximum leur attention sur le fait que quelque chose d’anormal était en train de se produire, ce qui m’a semblé contre-productif pour une intégration simple et naturelle ;
  • que même en cas de territorialité marquée, le fait de s’être rencontré en terrain neutre (où le rat n’en a, par définition, rien à foutre de défendre quoi que ce soit) ne garantit pas du tout qu’il ne va pas faire suer un peu le petit dernier une fois en cage. Donc est-ce vraiment utile ?

Puis je me suis mise à leur place (ce qui n’est pas forcément très intelligent ou très probant, mais c’est une étape vers la compréhension de leurs besoins et leur psychologie je pense), et je me suis dit que moi non plus je n’aimerais pas qu’on bouge tous mes meubles pendant que je suis ailleurs, et que ça ne m’aiderait pas particulièrement à mieux accepter et apprécier un nouveau colocataire. Que je risquerais de moins bien réagir, ou de réagir de manière plus brusque et réflexe face à l’inconnu et au stress dans un environnement non familier. Et puis aussi, qu’on obtient jamais rien de moi par le stress et la mise sous pression.

Et puis j’ai observé que tout se passait quand même souvent très bien, et que ce déluge de précautions était peut-être tout simplement superflu dans mon cas.

La méthode d’intégration pirate

Pour ces raisons, parce que nous connaissons nos rats sur le bout des doigts et qu’on en est à notre quinzième intégration, nous avons élaboré petit à petit et définitivement adopté une autre méthode, moins conventionnelle. Nous avons choisi de nous appuyer sur la confiance plutôt que sur la déstabilisation. La méthode vise essentiellement à réduire le stress, et faire en sorte que l’intégration soit la plus naturelle et progressive possible, que tout semble normal aux rats. Nous essayons au maximum de montrer aux anciens que nous, humains, nous acceptons le nouveau, et que donc, si les humains l’acceptent, les rats doivent l’accepter aussi.

Cette méthode est beaucoup plus interventionniste que la méthode classique (nous sommes présents en permanence, et touchons beaucoup nos rats pendant toute l’intégration) et se déroule essentiellement en terrain non neutre.

Les conditions du succès

Si je ne recommande pas cette méthode à tout le monde, c’est qu’il me semble qu’elle ne peut bien se dérouler que sous quelques conditions essentielles :

  • des humains sereins et calmes, qui ne communiquent pas de stress, avec des gestes doux et calmes, une voix douce, qui dégagent beaucoup de sérénité ;
  • une grande confiance mutuelle : vos rats doivent vous faire confiance et vous laisser tout leur faire, vous devez également leur faire confiance (sur le fait par exemple qu’ils ne vous mordront jamais, en aucune circonstance, ce qui est clairement le cas pour nos matelots) ; ayez aussi confiance en vous-même, votre ressenti, votre capacité à vous adapter à chaque circonstance ;
  • une excellente connaissance du caractère et du tempérament de chacun de vos rats : qui réagit vite ou moins vite ? qui sait sauter ? qui est curieux de la nouveauté ou au contraire pantouflard ? qui est dominant ou dominé ? qui cherche la bagarre spontanément et qui ne se bat que quand on vient le chercher ? qui a davantage besoin de votre présence ? qui aime être caressé où ? plus vous connaissez vos rats, plus vous avez de chance d’avoir le bon feeling à chaque moment ;
  • l’existence d’un terrain mixte, vraiment partagé entre rats et humains, et où existent certaines règles qui n’existent pas dans la cage. Par exemple chez les pirates, le canapé de sortie est un terrain partagé où les rats peuvent venir mais où tout n’est pas permis : interdiction formelle de se bagarrer sur l’humain, de piquer de la nourriture dans son assiette, interdiction (relative…) de faire ses besoins. Un terrain habituel de sortie où vous êtes très peu présent n’aura pas du tout la même valeur.

Je vous déconseille d’adopter cette méthode si vous êtes quelqu’un de très stressé ou anxieux, ou si parmi vos rats il y en a que vous n’arrivez pas à « cerner », qui sont imprévisibles ou caractériels, ou dont vous pensez qu’ils sont capables de vous mordre. Je la déconseille également si un ou plusieurs rats sont susceptibles d’avoir des problèmes de codes sociaux (rat sevré trop jeune, rat ayant vécu seul longtemps, rat adulte replacé dont on ne connaît pas bien le passé). En revanche, je pense que ça peut être une option quand on a des rats un peu stressés ou nerveux de manière récurrente, et qui sont perturbés par les changements et la nouveauté.

En gros, je pense que c’est une méthode idéale quand on n’a pas de raison de craindre, justement, une intégration difficile. C’est surtout un moyen de rendre plus facile et plus agréable pour tout le monde, une intégration qui avec la méthode classique se serait déroulée normalement mais avec plus de stress.

Première étape : terrain humain

C’est plus ou moins l’équivalent de la phase de terrain neutre en intégration classique, à deux différences près :

  • nous sommes présents et interventionnistes
  • le terrain n’est pas strictement neutre, car il porte notre odeur, et tous les rats en connaissent la configuration, car c’est là qu’ils sont sortis pendant leur quarantaine.

En pratique, cela se passe dans notre chambre, sur des draps portant l’odeur des humains, qui est normalement rassurante au moins pour les anciens (et déjà pour le nouveau si vous l’avez chouchouté comme il se doit depuis son arrivée). La cage des nouveaux s’y trouve également (sur un meuble non accessible) et les nouveaux y ont fait leur sortie depuis leur arrivée.

L’ordre d’introduction des anciens est choisi avec précaution, pas seulement sur des considérations de dominance, mais aussi sur la confiance que nous accordons à chacun et leur résistance au stress. Par exemple, un soumis de nature stressée sera introduit après un dominant placide et peu perturbé par la nouveauté. Il n’y a pas de recette systématique : on s’appuie sur la connaissance de ses rats, la confiance et l’adaptabilité. On introduit les rats un ou deux à la fois, toutes les 10 à 15 minutes environ (un peu plus, un peu moins, tout dépend comment ça se passe, adaptabilité et feeling encore).

Nous restons présents en permanence, assis au sol, avec le haut du corps à hauteur du lit. Il vaut mieux éviter de se mettre sur le lit, car les rats se précipitent pour nous grimper dessus – ce n’est pas une bonne idée car si un rat se retrouve plus haut qu’un autre il risque de se sentir en position de force, et surtout, ils essaient de se faire ramener chez eux et oublient qu’ils sont là pour se rencontrer ! En revanche, je place mes bras sur le lit. Ainsi, chaque rat qui le souhaite peut venir se faire rassurer ou consoler, ou simplement faire une pause.

Je ne cesse de leur parler, les caresser, les encourager à aller se voir, rassurer celui qui se fait renifler, calmer celui qui s’échauffe un peu. Si cela devient un peu tendu, je laisse faire tant que les codes sont respectés ou qu’il n’y a pas menace immédiate (c’est ici qu’il est à nouveau très important de bien connaître ses rats, leurs réactions, et de leur faire confiance), mais si cela dure beaucoup ou que l’un des rats montre des signes importants de stress, à nouveau j’essaie de faire tomber la pression en leur parlant doucement, en les caressant voire en détournant l’attention de celui qui y va trop fort.

Quand tous les anciens ont été introduits, que le ou les nouveaux ont été assez reniflés, et qu’il n’y a plus de signes de tension importante, on partage une soucoupe de yaourt soja-vanille, personne n’y résiste et comme c’est consommation sur place, ils sont bien obligés de rester côte à côte. Si tout le monde vient manger, on peut passer à la phase suivante. S’il y a eu des signes de stress important, des bagarres un peu sport ou que je sens que certains rats ne sont pas prêts, chacun rentre chez soi, c’est soirée papouilles câlins et douceurs à manger pour se remettre de ses émotions, et on reprend à zéro le lendemain.

Deuxième étape : terrain mixte

Le terrain mixte est à la fois le terrain habituel de sortie des anciens et le terrain partagé entre humains et rats. C’est à la fois le territoire des rats (ils y ont leurs odeurs et leurs habitudes, ils y passent plusieurs heures par jour) mais aussi un territoire différent de la cage : on n’y accède pas quand on veut, on n’a pas tous les droits, les humains y sont autant chez eux que les rats. Aussi, nous partons du principe que si nous montrons clairement que nous acceptons le nouveau sur ce territoire partagé, alors les rats n’ont pas de raison de ne pas l’accepter aussi.

Nous procédons dans le même ordre que lors de la phase précédente, en un peu plus rapide si tout s’est très bien passé. Dans un premier temps, nous enlevons la cachette (une maison puzzle dans un fauteuil accolé au canapé) car c’est un potentiel lieu de discorde et il n’est pas aisé d’y intervenir en cas de problème, mais souvent nous l’ajoutons rapidement après l’introduction des rats. Le canapé est couvert de plusieurs couches de plaids polaires et les rats peuvent passer sous la première sans problème ; nous les laissons faire.

L’essentiel de cette phase est de montrer que tout est normal et qu’avec ou sans le nouveau rien n’a changé pour nous. Aussi, lors de cette phase, nous vaquons à nos occupations habituelles à l’heure de sortie : télé, ordi portable sur les genoux, apéro, jeux et caresses aux rats, nous agissons le plus normalement possible.

Troisième étape : accès à la cage

Nous nous appuyons là sur les mêmes éléments que les phases précédentes, sur la configuration de notre salon, et sur la curiosité naturelle du raton (qui est en général, curieux, confiant, mais pas suicidaire). Si tout s’est bien passé sur le lit puis le canapé et le fauteuil, nous rétablissons l’accès à la cage et voyons venir. Nous sommes alors exactement dans la configuration de sortie habituelle, ce qui envoie aux autres le message que tout est parfaitement normal.

Evidemment, il faut ici être prêt à intervenir (les grandes portes de la royale aident). Nos rats sont habitués à cesser tout ce qu’ils sont en train de faire quand nous tapons fort dans nos mains, cela aide bien. En général, le raton fait un petit tour de reconnaissance sous l’oeil vigilant des anciens, ressort, re-rentre un peu plus loin, pique une graine dans la gamelle… il peut se faire dégager un peu vigoureusement d’un lieu stratégique, nous sommes très attentifs mais discrètement, tout en continuant à agir normalement. On ne laisse pas cette phase s’éterniser non plus, ce n’est pas le moment qu’une tension explose. Cela sert uniquement à faire passer l’arrivée du nouveau pour un événement parfaitement normal et faire comprendre aux autres que leur vie ne va pas radicalement changer.

Ensuite, on sort la bouffe ! On dîne en famille autour de la table basse (les rats sur le canapé, les humains par terre… ça se passe comme ça chez les pirates). Enfin, on nettoie la cage normalement, sans insistance particulière anti-odeurs, et avec le détergent habituel, on ne déplace pas les accessoires. On les laisse aller et venir normalement entre le canapé et la cage pendant un petit moment encore, puis on ferme, et c’est la première nuit commune, tout naturellement.

Cette méthode a considérablement réduit le stress des intégrations, tant du côté rat que du côté humain. Beaucoup moins de hurlements de raton terrorisé ou d’ancien qui fait la gueule ! Nous intégrons ainsi désormais tous nos petits. Nous avons aussi réintégré de cette manière un adulte (McCoy, 21 mois) après un mois et demi d’absence pour saillie, en une seule journée. Et nous en sommes bien contents !

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