Aérosolthérapie

Cet article a été rédigé pour SRFA avec l’aide de la communauté de ses membres. On peut le retrouver ici dans une version légèrement différente (j’ai supprimé certaines photos ne m’appartenant pas et les commentaires afférents).

Ah, nos chers ratounets et leurs chères voies respiratoires : rhinites, bronchites, pneumonies, éternuements, roucoulements, toux… ils sont créatifs ! Pour les soigner, nos vétérinaires le sont également : antibiotiques liquides ou en comprimés, injectés ou à faire avaler, inhalations, homéopathie, etc. avec plus ou moins de facilité d’administration, et plus ou moins de succès. En cas d’échec de méthodes plus classiques, de chronicité, de signes importants de gravité de la maladie dès son apparition, de rat très rétif à prendre des médicaments par voie orale, l’aérosolthérapie peut être un formidable recours.

C’est quoi, des aérosols ?

L’aérosolthérapie, également appelée « thérapie par aérosols », « nébulisation » ou en raccourci « aérosols », est un mode d’administration des traitements contre les affections du système respiratoire. Elle consiste à faire respirer au malade un brouillard très fin de substances volatiles médicamenteuses, pulvérisé dans l’air par une machine.

La terminologie vient d’ailleurs de là : nebula signifie en latin « nuage », d’où le terme nébulisation (cf. une nébuleuse, un nimbus).

En médecine humaine, l’aérosolthérapie est beaucoup utilisée pour les problèmes respiratoires chroniques (sinusites chroniques, bronchopneumonie chronique obstructive, mucoviscidose). Les effets obtenus dépendent bien sûr des médicaments administrés par cette méthode : bronchodilatation, fluidification des secrétions et mucosités pour aider leur évacuation, anti-inflammation, antibiothérapie, etc.

Quelle différence avec une inhalation ?

Jusqu’ici, on parle seulement de faire respirer des médicaments à notre rat malade, ce qui a l’air de drôlement ressembler à la fameuse inhalation, déjà bien connue des ratouphiles.

Il y a en fait trois différences majeures :

  • La température. L’inhalation se fait à chaud, les médicaments étant entraînés par de la vapeur d’eau. Cela inclut un risque de brûlure, et un risque de chaud-froid. L’aérosolthérapie est à froid, la température reste constante.
  • Les médicaments disponibles. Les produits utilisables pour inhalation à chaud sont principalement des décongestionnants ou fluidifiants. Il n’est pas possible d’administrer d’autres classes thérapeutiques (anti-inflammatoires, antibiotiques) par ce moyen. Les aérosols peuvent contenir de nombreuses classes de médicaments, et permettre d’assurer 100% du traitement prescrit.
  • La dimension des gouttes inhalées. Les gouttes de vapeur d’eau diffusées lors d’une inhalation sont de très gros diamètre, ne permettant pas d’atteindre les zones les plus profondes des voies respiratoires basses. Dans le cas de l’aérosol, les gouttelettes du brouillard produit ont un diamètre microscopique (moins de 5 micromètres) qui permet d’aller agir localement au plus près, jusque dans les alvéoles pulmonaires.

Quel matériel faut-il ?

Le matériel nécessaire se décompose en plusieurs parties.

1. Le compresseur, ou nébuliseur, est une machine alimentée en électricité, qui va produire l’action nécessaire pour pulvériser les médicaments liquides. C’est une machine lourde (plusieurs kilos), bruyante en fonctionnement, et parfois encombrante. Elle se loue en pharmacie, sur prescription, pour environ 20 euros la semaine, fournie dans une mallette ou une housse. On peut également en acheter une, pour des gammes de prix allant de 80 à 300 euros environ. Il est parfois possible d’en trouver d’occasion, notamment auprès des pharmaciens lorsqu’ils renouvellent leurs machines.
Il existe plusieurs types de technologies. Les deux grandes familles sont les compresseurs pneumatiques (à air comprimé) et les compresseurs soniques (air comprimé + ultrasons). Les soniques sont réputés plus efficaces mais il n’est pas certain que les ultrasons produits ne sont pas perçus par les rats. Les caractéristiques techniques les plus importantes sont le débit, le diamètre des gouttelettes et la fraction respirable.

Voici deux exemples de compresseurs : à gauche un petit modèle pneumatique portable, à droite un sonique (notez les deux buses : pression et vibrations). Le compresseur est relié au secteur par un câble d’alimentation, et on branche sur la ou les buses des tubes souples qui seront reliés à la chambre contenant les médicaments.

2. Les consommables : tuyaux souples, masque, récipient pour les médicaments liquides (appelée « chambre« ) dans laquelle se trouve également une petite pièce appelée « gicleur » qui contribue à la formation des gouttelettes. Toutes ces parties sont vendues en pharmacie.

    

A gauche : tube souple, chambre montée et masque.

A droite : un autre modèle de chambre, démontée (partie basse, gicleur qui s’insère à l’intérieur de la partie basse, partie haute. Le tube souple relié au compresseur se branche en dessous de la partie basse. Le masque, dirigé vers le rat se branche sur le tuyau coudé de la partie supérieure.

3. Les médicaments. Ils se présentent tous sous forme liquide, le plus souvent dans des ampoules sécables, ou des flacons (lyophilisat à reconstituer avec un solvant). Une seringue avec aiguille sera souvent nécessaire pour prélever les produits. Suivant l’affection à traiter, on a recours à différentes classes thérapeutiques :

  • antibiotiques (la gentamycine est la plus courante, sous forme d’ampoule sécable)
  • anti-inflammatoires, souvent stéroïdiens c’est-à-dire des corticoïdes (méthylprednisolone)
  • décongestionnant/ fluidifiant des sécrétions bronchiques (acétylcystéine, mélanges à base d’huiles essentielles : eucalyptus, thym, melaleuca vidiflora…)

Afin d’atteindre une quantité de liquide suffisant pour une séance, on complète toujours avec du sérum physiologique. Le volume du mélange pour une séance est d’environ 4 à 5 mL.

Comment ça se passe en pratique ?

En traitement de la phase aiguë, le rat doit faire 2 à 3 séances de 15 à 20 minutes chacune, par jour, pendant une semaine à 10 jours. En traitement de phase chronique on espace les séances (entre 2 par semaine et 1 par jour suivant les cas). En tout début d’un petit rhume sans gravité, quelques jours de traitement suffisent.

On commence par préparer le mélange. Voici les étapes illustrées dans l’ordre.

  • Poser la partie basse de la chambre sur une surface horizontale.
  • Placer le gicleur sur le plot central de la chambre. Verser les médicaments. (Les médicaments à reconstituer l’auront été préalablement. Pour les ampoules sécables, ne casser qu’une extrémité et prélever la quantité nécessaire avec une seringue. Conserver les ampoules ouvertes au frigo pour usage ultérieur). Ne pas oublier d’ajouter le sérum physiologique !
  • Visser la partie haute de la chambre. Notez ici que la partie haute n’est pas coudée. C’est très casse-pieds pour maintenir ensuite la chambre à la verticale tout en dirigeant le brouillard vers le rat : évitez ce modèle ! (Dans la suite, nous utiliserons un tuyau coudé).

Il ne reste plus qu’à brancher masque et tuyau souple, et faire respirer le rat. Facile, non ? Non ?

Et oui, nous sommes évidemment tous d’accord sur le fait qu’il n’est… pas évident de maintenir la tête d’un rat dans un masque souple pendant 20 minutes ! La boîte de transport sera donc notre amie. Voici une photographie d’une installation possible. (Photo manquante, désolée, un jour je la retrouverai !)

La chambre est reliée au compresseur par un tube souple, et sur la partie haute coudée, on branche le masque. Le masque est plaqué contre les ouvertures de la boîte et maintenu avec un élastique.

Suivant le matériel, il faudra peut-être un peu bricoler : si la sortie de la chambre n’est pas coudée, comme sur l’illustration plus haut, le tube part vers le haut au lieu de se plaquer gentiment à la perpendiculaire de la boîte ; il faudra alors le fixer avec ce qui tombe sous la main (fil de fer, scotch, écharpe…) ou compléter avec un tube souple pour faire le virage. La chambre doit rester absolument verticale.

On place ensuite le rat dans la boîte. Pour qu’il respire un maximum de médicaments, il va falloir l’isoler de l’extérieur. Pour cela, deux techniques, la dure et la molle :

  • A la dure : un sac étanche, genre sac poubelle. On glisse la boîte par le fond (côté opposé au masque) dans le sac. Le masque et le tube souple passent dans l’ouverture du sac. On ne ferme pas complètement, le sac doit rester légèrement ouvert, mais pas trop. Un indice : à la sortie de la séance, le rat doit sentir bon l’eucalyptus mais son poil doit être sec ! S’il est mouillé, c’est que le sac était trop fermé, les gouttelettes se sont agglutinées et condensées sans rentrer dans les poumons.
  • Cette méthode est la plus efficace, mais demande le coup de main pour régler l’ouverture. De plus, elle peut être très stressante pour le rat. Si le malade est de nature nerveuse, ou sujet aux détresses respiratoires favorisées par le stress, on évite.
  • A la molle : une grande serviette éponge ou drap de bain épais, comme pour les inhalations à chaud. La boîte de transport doit être entièrement recouverte. La fraction respirable sera un peu moins importante, mais cela évite un stress au rat, et on ne risque pas d’être trop étanche.

Une illustration d’une possible installation complète. Bien sûr, il faudra abaisser la serviette une fois le rat placé à l’intérieur, elle est ici relevée pour qu’on voie mieux.

Puis on démarre le compresseur et c’est parti pour 20 minutes ! Il ne doit plus du tout rester de liquide dans la chambre à la fin, mais il vaut mieux ne pas laisser le rat trop longtemps quand il n’y a plus de liquide. On peut regarder discrètement si la chambre est encore pleine et si le masque diffuse toujours du brouillard (c’est un brouillard fin légèrement blanchâtre, donc visible à l’œil nu). Le bruit de la machine change également légèrement quand le liquide arrive à épuisement.

D’autres installations possibles

Suivant le matériel disponible et les réactions du rat, d’autres installations sont possibles pour administrer le traitement. En voici deux autres testées par des membres SRFA :

  • Dans une boîte de type « aquarium » en plastique (boîtes de laboratoires), qui s’ouvre par le haut (couvercle ajouré). Tenir le diffuseur à la main dans la boîte, via la trappe. Les parois transparentes et la présence de la main peuvent aider à tranquilliser le rat, et la diffusion du produit est optimale car les parois sont étanches, il y a peu de déperdition.
  • Dans une petite cage à barreaux type hamster. Ici, la chambre est placée dans un verre à côté de la cage, façon inhalation. On peut également faire passer la sortie de la chambre entre deux barreaux, si le modèle le permet. Pour l’étanchéité, on peut utiliser une toile cirée, et pour rassurer le rat, poser la cage sur une table en verre et se placer en dessous.

Quels sont les avantages ? quels sont les inconvénients ?

Le traitement par aérosols présente de nombreux avantages :

  • Contrairement aux inhalations, le traitement se fait à froid (évite les chauds-froids), et n’est pas suffocant comme peut l’être la vapeur chaude, donc moins désagréable pour le rat de ce point de vue.
  • La taille des gouttelettes permet d’atteindre des zones très profondes de l’appareil respiratoire en particulier l’ensemble des poumons.
  • Les micro-gouttelettes vont traiter pile là où il faut. L’absorption est maximale (pas de pertes lors d’un passage dans le tube digestif par exemple), rapide (pas de délai de livraison des molécules !), et purement locale (pas de risques de perturbation du transit, fréquentes dans les antibiothérapies par voie orale, pas de risques de nécrose aux sites d’injection des traitements sous-cutanés).
  • En particulier pour l’usage de cortisone : le traitement étant local, on évite le risque de syndrome de sevrage qui peut exister lors d’un traitement oral, ce  qui impose habituellement une diminution dégressive des doses (réveil des glandes surrénales). C’est particulièrement intéressant pour les rats chroniques, qui souffrent en général de phénomènes inflammatoires locaux auto-entretenus alors même qu’il n’y a plus présence de germes responsables de la primo-infection. La cortisone seule ou en association avec un décongestionnant est alors très efficace.
  • Il n’y a pas à se battre avec le rat pour lui faire avaler des choses ! Dans la boîte et hop c’est parti.
  • L’amélioration de l’état du rat est en général très rapide. Non seulement c’est bien pour lui et vous, mais ça a aussi l’intérêt du traitement court pour son organisme (une semaine d’aérosols vaut mieux que 3 semaines d’antibios par voie orale, à tous points de vue).

Evidemment, tout a un prix, il existe également des inconvénients et des contre-indications :

  • La logistique. Il faut louer la machine et se procurer le matériel, installer le bouzain quelque part, etc. c’est un peu technique (on apprend vite ceci dit) et c’est relativement coûteux si ça se répète (dans ce cas, envisagez l’achat, c’est un bon investissement).
  • C’est assez contraignant : en phase aiguë d’une infection des voies inférieures, il faut faire 3 aérosols par jour idéalement. 2 c’est encore possible sur un cas pas trop grave. 1 seule fois par jour ne suffit pas.
  • Le stress possible pour l’animal. La machine est bruyante (ça va de « assez bruyant » à « très bruyant » suivant les modèles) et si on adopte la méthode « sac poubelle », le rat est en plus plongé dans l’obscurité. En général ils s’y font vite, surtout quand ils comprennent qu’ils commencent à se sentir mieux, mais un rat de nature nerveuse ou pas du tout habitué à la boîte de transport pourrait y être très stressé. Pensez à le récompenser à la sortie, il associera vite ce dur moment à passer avec la friandise qui l’attend à la fin.
  • En particulier chez les rats sujets aux détresses respiratoires, le stress peut déclencher une crise. C’est donc à manier avec beaucoup de précaution dans ce cas, en prenant toujours l’avis du vétérinaire. Bien sûr si une crise de détresse respi se déclenche pendant le traitement, on arrête immédiatement.

Précautions d’emploi

  • L’AFSSAPS a retiré les mucolytiques du marché pour les nourrissons, car la pharmacovigilance a mis en évidence un risque de décès « par noyade » (source). En effet les tout petits ne peuvent pas bien tousser et éliminer les sécrétions de surencombrement. On peut supposer qu’un risque similaire peut exister chez le rat. L’usage d’acétylcystéine semble donc à déconseiller, ou a minima, à discuter sérieusement avec le vétérinaire.
  • On peut tester la tolérance du rat au traitement en commençant avec une séance plus courte (5 minutes) et en le surveillant bien pendant et après l’aérosol. De possibles crises respiratoires sont possibles dans les heures qui suivent. Si tout va bien, augmenter la durée des séances suivant la prescription du vétérinaire.
  • Après l’arrêt de la machine, l’air étant encore saturé de particules, on peut attendre une minute ou deux avant de sortir le rat pour lui éviter un changement brutal.
  • Après chaque séance, changer la litière ou le linge du fond de la boîte. Des particules ototoxiques (dangereuses pour l’oreille) peuvent s’y déposer.
  • Après chaque séance, rincer toutes les parties plastiques (chambre, tubes, masques) à l’eau. A la fin du traitement, un nettoyage plus complet est nécessaire (par exemple : laisser tremper 15-20 minutes dans de l’eau bouillie et vinaigrée, bien rincer à l’eau, stocker dans un endroit propre, frais et sec). Une procédure de nettoyage est généralement indiquée dans la notice. Eviter d’utiliser le même jeu de consommables, même nettoyé, pour deux rats différents.

Un exemple de traitement réussi

L’exemple est donné à titre indicatif, pour illustrer un cas particulier de prescription. Toute prescription doit être adaptée au rat et à sa pathologie.

DTC-DHP Super Timor, rat mâle de 21 mois atteint d’une bronchopneumonie sévère d’apparition très rapide, s’est vu prescrire par Super-Véto une semaine d’aérosolthérapie, 3 séances de 20 minutes par jour, avec les médicaments suivants :

  • Methylprednisolone 20mg, lyophilisat + solvant 2mL, 0.5 mL par aérosol
  • Goménol (huile essentielle naturelle purifiée de melaleuca viridiflora), ampoule sécable de 5mL, 1 mL par aérosol
  • Gentamicine 40mg, ampoules sécables de 2mL, 0.5 mL par aérosol
  • Sérum physiologique, 2.5 mL par aérosol.

Le soir du premier aérosol, Super Timor était très encombré, toussait, éternuait, roucoulait sans interruption depuis le matin ; il refusait la nourriture, buvait avec difficulté et montrait des signes inquiétants d’épuisement. 36h plus tard soit 5 séances d’aérosols, il mangeait à nouveau avec grand appétit, et les bruits respiratoires n’étaient plus qu’intermittents. Au bout de 4 jours il ne présentait plus aucun symptôme. Il n’a eu aucune séquelle, ni le moindre signe de récidive jusqu’à son décès à 26 mois (complications neurologiques d’une hernie discale d’origine traumatique).

Compléments 2016

La gentamicine n’est plus disponible en officine de ville depuis quelques années, ce qui peut poser des problèmes d’approvisionnement ou de conservation (les vétérinaires en disposent généralement en gros conditionnements, pas forcément pratiques pour nous).

Par ailleurs j’ai lu récemment sur ce site qu’il n’était pas recommandé de nébuliser simultanément plusieurs produits, en particulier les corticoïdes avec les antibiotiques de la famille de gentamicine – j’en parlerai à mon vétérinaire à l’occasion. Le même site souligne également que les huiles essentielles se présentant dans un solvant huileux sont inadaptées voire dangereuses pour ce mode d’administration. Vérifiez toujours avec votre vétérinaire et votre pharmacien que les produits prescrits sont bien compatibles avec l’administration par nébulisation (et non seulement par inhalation à la vapeur).

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