Linebreeding : demandez le programme !

Suite aux observations et considérations autour de l’élevage sans consanguinité ou avec consanguinité, une question nous brûle tous les lèvres : existe-t-il un juste milieu, bénéficiant du meilleur des deux mondes, lucide mais pas blasé, prometteur mais pas trop risqué ? Bref peut-on construire une vraie lignée de rats domestiques, qui s’améliorerait au fil des générations grâce à la sélection, sans brûler les étapes, et en échappant le plus possible aux inconvénients des deux approches « radicales » que sont l’outcrossing et l’inbreeding ?

Il y a maintenant un peu plus d’un an, j’ai commencé à réfléchir à ces questions et à me documenter. Je me suis donnée pour objectif de parvenir à proposer une stratégie planifiée d’élevage de rats domestiques, scientifiquement fondée, et répondant à un certain nombre de contraintes motivées par les observations précédentes, contraintes que voici :

1. Un programme de reproduction logistiquement abordable

Il existe certainement un très grand nombre de stratégies possibles pour élever des lignées de rats domestiques solides et pérennes, mais je suis partie du principe que si une stratégie impliquait des centaines d’individus et de portées à chaque génération, elle n’intéresserait pas grand monde. Je vise la pratique amateur : je souhaite que le programme de reproduction proposé puisse être réalisé par une personne seule (ou au plus quelques personnes associées), ne souhaitant pas garder plusieurs dizaines de rats chez elle. Le programme doit donc impliquer un nombre le plus petit possible de rats et de portées à chaque génération.

2. Un programme respectant les spécificités du rat et les normes de la reproduction amateur

La courte espérance de vie de nos compagnons, les âges optimaux de reproduction, la durée de gestation, la prolificité ne sont pas les mêmes que chez beaucoup d’espèces domestiques dont la reproduction est, j’ai l’impression, mieux balisée et documentée (chats, chiens, chevaux…). Je souhaite un programme qui respecte la physiologie de la femelle (pas de portée trop jeune ou trop tardive, peu de portées, pas de portées rapprochées) et les normes culturelles (reproduction avec des mâles plus âgés que les femelles, si possible d’au moins un an, et pas trop âgés non plus pour éviter une potentielle infertilité), normes que l’on pourrait bien sûr discuter, mais qui me semblent avoir des intérêts. Je souhaite cependant que le programme soit adaptable à d’autres âges de reproduction si l’éleveur qui s’en empare a d’autres points de vue ou contraintes sur la question ; il devra donc permettre un peu de souplesse.

3. Un programme qui permet la sélection

La sélection vise à améliorer certains critères choisis au fil des générations. Je pars du principe qu’un éleveur amateur ne veut pas seulement faire naître des bébés mignons, mais qu’il a aussi des objectifs dont il veut se rapprocher au fur et à mesure que son travail avance. Il appartient à chacun de définir ses propres critères : des critères de bonne santé et de longévité (mes préférés évidemment), des critères esthétiques (ce n’est pas honteux), des critères de tempérament. Bien sûr, tout n’est pas génétique, et parmi ce qui l’est, tout n’est pas simplement et directement dépendant d’un seul gène identifiable. Mais pour ce qui l’est, et sur quoi l’éleveur a des leviers, il me semble essentiel qu’une sélection soit possible. Le programme devra donc permettre la collecte et l’utilisation d’informations pertinentes, aiguillant des choix, qui pourront concourir à l’amélioration des critères que l’éleveur aura définis.

4. Un programme en circuit fermé ou quasi-fermé

Pour des raisons que je développerai davantage par la suite, je souhaite travailler le plus possible en circuit fermé, c’est-à-dire uniquement ou en grande majorité avec les rats que je fais naître. À partir d’un ensemble de rats de départ (les « fondateurs »), je veux pouvoir planifier mes reproductions uniquement en interne, sans avoir à faire appel à des reproducteurs externes ou à du « sang neuf ». J’ai un matériau de départ, je veux savoir ce qu’il a dans le ventre et en tirer le maximum des potentialités. C’est un des choix qui vous semblera peut-être le plus discutable ou le plus surprenant à ce stade, mais j’expliquerai pourquoi, et quels en sont les avantages.

5. Un programme à consanguinité minimale

La consanguinité n’est pas un mal en soi bien sûr, mais il ne faut pas faire n’importe quoi avec non plus, on en a discuté brièvement ici. Sachant que mon objectif de circuit fermé implique forcément de la consanguinité, son plus gros risque est d’en induire « trop », « trop vite », avec des risques de perte de fertilité et d’expression de maladies récessives potentiellement graves. Cela risque tout particulièrement d’arriver si je veux travailler sur une mutation rare ou récente, pour laquelle tous les reproducteurs disponibles sont déjà apparentés… Bien sûr, il faudra définir ce que nous entendons par trop et trop vite. Gardons pour l’instant à l’esprit que l’objectif est d’utiliser la consanguinité de manière raisonnée et raisonnable, de la maîtriser, de l’empêcher de crever des plafonds, de maintenir une certaine diversité génétique, ce que pour l’instant je résume par la formule « consanguinité minimale ».

6. Un programme durable dans le temps

Je veux que la stratégie que je définis puisse être poursuivie sur un assez grand nombre de générations, sans me retrouver coincée à une génération donnée sans savoir « quoi faire après ». Je ne compte pas sur ma bonne étoile, je ne veux pas laisser de « trou » que j’espère pouvoir combler plus tard sans savoir encore comment je m’en sortirai : tout sera planifié et programmé longtemps à l’avance, sans inconnues.

Bien sûr, tous ces objectifs sont interdépendants, et parfois contradictoires. Donc il va essentiellement s’agir de trouver le meilleur compromis entre tous, et ça peut sembler un sacré casse-tête au premier coup d’œil. J’ai l’orgueil de considérer que la proposition que je vais vous faire remplit le contrat, mais ça, ce sera à vous de me le dire à la fin.

La suite, la suite !

J’espère vous avoir mis l’eau à la bouche. J’avais prévu de continuer tout cela sous la forme de nouveaux articles, mais par manque de temps, j’ai simplement mis tout cela dans un document pdf complet, rédigé et mis en page par votre serviteur, où vous retrouverez, en plus des textes déjà publiés (un peu dans le désordre), l’intégralité de mon travail sur le linebreeding, avec explications par le menu, schémas en couleur, approfondissements et même une bibliographie si vous avez peur de ne pas avoir assez de lecture.

Vous vous sentez prêt à partir à l’abordage ? Cliquez sur le matelot ! (Téléchargement : 1,20 Mo)

Linebreeding : à l'abordage

Nous aurons l’occasion d’en reparler, mais ce document déjà assez abouti n’est, peut-être, que le début d’une autre histoire, que je vous raconterai une prochaine fois. À bientôt pour de nouvelles aventures pirates !

 

Top