Reproduction de Victor Tropetit : le Capitaine est-il tombé sur la tête ?

Cette page complète l’annonce de la portée de Victor Tropetit et Hellébore avec quelques éléments de réflexion plus poussés sur le choix de faire reproduire Victor Tropetit, en dépit des problèmes de santé de sa branche. Je ne suis pas naïve, je sais qu’elle va provoquer quelques remous et quelques grincements de dents. Il me semblait donc nécessaire de coucher ici ma vision des choses, dont chacun, je l’espère, pourra se faire une opinion étayée avant de juger qu’elle est insensée ou déraisonnable. Si vous avez envie d’aller un peu plus loin qu’une réaction épidermique, je vous invite à poser votre sac de cailloux et à cheminer un peu avec moi.

Rappelons d’abord ce qui pose problème :

  • Des problèmes respiratoires : les deux portées de Ramen (avec ETR Citizen Kane, puis avec DTC Maître Gonzo) ont été touchées par une infection respiratoire pendant leur sevrage. Cette infection, peut-être amenée par les chiens d’Ancalimë (qui ont été effectivement atteints de la toux du chenil, diagnostic formellement posé par le vétérinaire, pendant la portée) et peut-être causée par la bactérie Bordetella bronchiseptica (bactérie responsable de certaines toux du chenil chez le chien, et qui peut se transmettre du chien au rat), a conduit à au moins deux décès directs par pneumopathie (DTC Tinwë à 10 mois et DTC Dendé à 15 mois) et causé des problèmes diversement graves et récurrents chez un nombre important de ratons de ces portées. La portée dont est issue Victor Tropetit (portée DTC Lhotse x KRL Nanga Parbat) a été également touchée par une infection respiratoire très similaire (probablement la même), mais toutefois moins virulente.
  • Des problèmes de fertilité et de mise-bas : quatre filles de Ramen, dont deux issues de sa portée avec Citizen Kane (Sukuru Mizugi et Kawaï Seifuku) et deux de sa portée avec Maître Gonzo (Okonomiyaki et Knockin’ on Heaven’s Door) ont connu des problèmes importants lors de leur reproduction (très petites portées, certains petits malformés, dépassement de terme ou mise-bas très difficile avec césarienne). Pour l’une d’entre elles (Heaven), les choses se sont terminées de manière tragique, avec le décès de la mère une semaine après la naissance, l’autopsie ayant conclu à la décompensation d’un problème respiratoire latent. Ces quatre femelles sont des sœurs de la mère de Tropetit, DTC Lhotse, (qui a eu une mise-bas normale et une portée de taille normale). Signalons également l’issue négative de la portée de DTC Marquis di Gorgonzola (fils de Ramen et Citizen Kane) avec RPV Nagala (dépassement de terme et décès des 5 petits).

Cette accumulation de problèmes a amené Ancalimë à « déconseiller fortement » la reproduction de tous les rats issus de DTC Phantom Space Ramen, sous l’hypothèse unificatrice d’une unique bactérie qui les aurait causés. Je respecte son choix d’abandonner le projet mais ne partage pas son analyse, et je vais maintenant exposer la mienne. Précisons également que Barney, naisseuse de Tropetit qui a elle-même renoncé à poursuivre la branche, m’a autorisée à faire cette reproduction.

L’analyse de la situation doit pour moi répondre à 3 questions :

  1. Y a-t-il un lien de causalité évident entre l’infection respiratoire (quel que soit l’agent ou les agents pathogène(s) en cause) et les problèmes de mise-bas ? ne peut-on pas plutôt les considérer comme deux choses certes interdépendantes dans certains cas, mais pas causées l’une par l’autre ?
  2. Peut-on parler de manière affirmative de « la bactérie » ?
  3. A partir de ces considérations, que peut-on en conclure pour Tropetit, qu’il s’agisse de la question de pratiquer des analyses ou des tests, ou du risque pour la femelle et la portée ?

Je vais maintenant lister une série de faits, d’observations et d’interprétations qui éclairent à mon avis ces trois points.

1. Sur la corrélation entre les problèmes de mise-bas et l’infection respiratoire

Sur ce point, j’observe que :

A. Il y a des femelles collatérales à Ramen, non exposées à l’infection avant ou pendant leur portée, et qui ont tout de même eu des problèmes. Citons par exemple Galaxy Street View, qui a été saillie en même temps que Ramen et donc avant l’infection, ou Hostess Twinkie chez Lorien, encore moins exposée puisque ne vivant pas chez Limë (on notera que le seul fils survivant de Twinkie, Deus Ex Machina, a reproduit sans problème par la suite). Il y a au moins deux raisons à mes yeux pour expliquer le souci avec Galaxy : d’abord, je l’avais personnellement trouvée un peu fine par rapport à sa sœur ; ensuite, elle a été saillie par un dwarf, dont on sait qu’ils sont peu fertiles, et on sait par ailleurs que les trop petites portées sont des facteurs de complications de mise-bas.

B. Parmi les femelles infectées de la première portée de Ramen, deux ont eu des problèmes de reproduction (Seifuku et Sukumizu) et une n’en a pas eu (Lhotse), que ce soit du point de vue du nombre de petits ou de la mise-bas elle-même : 1 bébé mort-né à J24 pour Seifuku, 5 petits dont 2 malformés avec de grosses complications de mise-bas et une césarienne pour Sukumizu, 13 petits nés à terme sans problème pour Lhotse. Si « la bactérie » était l’alpha et l’oméga de l’explication rien n’expliquerait cette différence entre les 3 sœurs. Ce que je note en revanche, c’est que Seifuku et Sukumizu étaient les « avortons » de la portée : Limë les avait gardées initialement car elle les croyait dwarfs et finalement elles ne l’étaient pas, donc elles étaient anormalement petites au début de leur vie. Par ailleurs elles ont reçu des traitements antibiotiques peu de temps avant leur portée, ce qui a pu jouer sur le nombre de petits. Elles étaient plus âgées à la saillie (8 mois) que Lhotse (6 mois). Enfin, Seifuku a été saillie par un dwarf (même problème que pour Galaxy). Lhotse, elle, a toujours eu un gabarit normal, n’a pas reçu de traitement avant la portée, et a été saillie par un mâle non dwarf.

C. Lhotse n’a pas eu de problèmes de mise-bas, mais ses petits ont eu des symptômes respiratoires lors du sevrage. (Notons que Lhotse, contrairement à ses soeurs, n’a jamais eu de retard de croissance). A l’inverse, et sauf erreur de ma part, les deux petits survivants des portées d’Okonomiyaki (PLS Lemmy) et d’Heaven (CLW Asbjörn-Adalrik) n’ont pas eu de symptômes respiratoires (Asbjörn a certes été mis en nourrice, mais pas Lemmy je crois), ni les frères de lait d’Asbjörn ensuite. Ramen n’a pas eu de problèmes de mise-bas lors de sa deuxième portée avec Maître Gonzo, alors qu’elle avait été atteinte par le problème respiratoire lors de la première.

D. Heaven était de petit gabarit, et n’était pas 100% asymptomatique sur le plan respiratoire. Cette portée était une erreur et je regrette beaucoup d’y avoir entraîné sa propriétaire, je le reconnais volontiers. Compte-tenu du délai entre la césarienne et son décès, je ne suis pas non plus persuadée du lien direct entre sa primo-infection et la complication de mise-bas. Notons enfin que contrairement à d’autres cas évoqués, le nombre de petits (7) n’était pas anormal, la cause de la complication était mécanique (premier petit coincé), et les petits étaient viables et normalement formés (6 petits vivants après la césarienne, bien qu’un seulement ait survécu, probablement à cause de la compétition avec les frères de lait un peu plus âgés).

E. Corrélation n’est pas causalité : ce n’est pas parce que les problèmes respiratoires et les problèmes de mise-bas se sont parfois produits de manière concomitante que l’un cause l’autre. Il est notamment possible qu’il y ait en jeu ce qu’on appelle en statistiques un « facteur de confusion », c’est-à-dire (en l’occurrence) quelque chose qui pourrait causer ou favoriser les deux. Certes, une bactérie pourrait jouer un tel rôle. Je note cependant que toutes les portées touchées par l’un ou l’autre problème partagent d’autres propriétés, au premier rang desquelles la forte consanguinité, présente à chaque fois chez le père, et/ou la mère, et/ou la portée elle-même.

2. Sur « la » bactérie

A. Bordetella bronchiseptica, lourdement suspectée, n’a jamais été identifiée formellement par des cultures.

B. Elle est suspectée pour deux raisons : le fait que ce soit un agent possible de la toux du chenil chez le chien et transmissible du chien au rat ; le fait que les résultats d’autopsie et d’anapath pratiquées après le décès d’Heaven était compatibles avec cet agent.

C. Cependant il faut noter que le compte-rendu d’anapath d’Heaven mentionne que cela pourrait également être une pasteurelle. Si je me souviens des termes, il y est dit en substance que « chez le rat ce type de lésions est souvent causé par Bordetella ou Pasteurella », donc il s’agit d’un argument de fréquence, sans priorité entre ces deux hypothèses, et sans identification formelle.

D. Je n’ai rien trouvé dans la littérature qui confirmerait que Bordetella bronchiseptica se transmettrait de la mère aux enfants et exclusivement de la mère aux enfants (mode de transmission constaté jusqu’ici). Rappelons qu’aucun des rats touchés par la primo-infection n’a contaminé (de manière flagrante en tous cas) ses copains de cage, ce qui est une configuration pour le moins étonnante pour une bactérie touchant le système respiratoire.

E. Plus important encore à mes yeux, Tinwë, la fille de Ramen décédée chez André92, a subi un grand nombre d’examens (radio, scanner, antibiogramme) ainsi qu’une autopsie et une anapath complètes : aucun des résultats de ces examens n’évoque ou n’a mis en évidence Bordetella. La conclusion du pathologiste était une infection à Corynebacterium kutscheri. Une bactérie toute autre, donc.

F. Les rats traités n’ont pas tous répondu aux mêmes molécules : certains traitements ont marché sur certains rats et pas sur d’autres.

G. Ça vaut ce que ça vaut, mais mon vétérinaire pense qu’il a pu s’agir d’un virus sous-jacent, ayant interagi ici ou là avec les bactéries locales (pas forcément toujours les mêmes). Je noterai cependant que Citizen Kane a été testé négatif au KRV juste avant sa portée avec Ramen (one shot, 14 petits).

3. Sur les tests et les risques considérant Tropetit et son éventuelle reproduction

Lors de la perte des petits de Nagala, la question de faire pratiquer des tests a été soulevée, et ma première réaction à chaud a été de les exiger avant toute nouvelle reproduction de Gorgonzola (qui, à l’instant t, faisait encore partie du projet principal de Limë et Lorien). Gorgonzola n’étant finalement plus « requis », je l’ai simplement retiré de la reproduction (pas à contre-cœur : je pense qu’il s’agissait du bon choix), et j’ai pris le temps de réfléchir et de consulter plusieurs personnes compétentes. J’ai aujourd’hui une vision différente en ce qui concerne Tropetit.

A. Tropetit a bénéficié d’une radiographie des poumons en décembre, qui était parfaitement normale, tout comme l’examen clinique. (Gorgonzola a été examiné et radiographié en même temps, et dans son cas des images d’inflammation étaient présentes.)

B. J’ai discuté avec plusieurs personnes de l’opportunité de faire d’autres examens, que je pensais éventuellement utiles lorsque nous en avions parlé en février de triste mémoire. Je me suis renseignée auprès de vétérinaires (le mien, et un plus spécialisé qui a plus facilement accès à des tests avancés de laboratoire) qui étaient partants pour un prélèvement sanguin mais à condition que je leur indique quoi chercher. Et donc, quoi chercher ? Le problème des tests sanguins est qu’ils ne mettront pas en évidence directement une bactérie (si bactéries il y a, elles sont dans les voies respiratoires et non dans le sang, sinon c’est une septicémie !) mais des anticorps, qui montreraient que le rat a été exposé un jour à la bactérie en question, mais qui ne dirait ni quand, ni si elles sont toujours là. On peut avoir des anticorps contre quelque chose sans en être encore porteur. On peut aussi faire toute la batterie de tests disponibles, anticorps contre virus et bactéries diverses et variées (en somme, « partir à la pêche »), avec deux risques : au mieux on ne trouve rien (ce qui ne nous dit pas que le rat n’a rien, mais seulement qu’il n’a rien de ce qu’on a cherché, et nous voilà pas plus avancés, voire exagérément rassurés), au pire on trouve un truc totalement non pertinent (par exemple, un faiblement positif au mycoplasme, comme à peu près tous nos rats) ou un truc dont en fait Tropetit n’est plus atteint, qui nous fait paniquer et annuler la portée pour une mauvaise raison.

C. L’autre option de test, c’est des prélèvements et des cultures, directement là où « la bactérie » se trouverait. De l’avis de mon vétérinaire, le prélèvement naso-pharyngé est difficilement faisable chez le rat, surtout pour éviter la contamination du prélèvement lors du passage dans le nez, qui rendrait le résultat non pertinent. Ensuite il reste le lavage broncho-alvéolaire, qui est une procédure lourde (je vous laisse chercher sur Wikipédia, mais essentiellement, on « noie » le rat sous anesthésie générale) et potentiellement dangereuse. Tout ça pour peut-être identifier quelque chose sur un rat asymptomatique, qui n’a jamais contaminé un autre rat (absolument aucun problème respiratoire dans ma troupe après l’arrivée de Tropetit, en dehors de Gorgonzola lui-même, touché par la primo-infection avant la naissance de Tropetit, dans la portée la plus lourdement atteinte) et dont on n’est même pas sûr que ce soit la cause de problèmes de mise-bas (a fortiori quand c’est le mâle qui est touché et pas la femelle).

D. Tropetit a été malade il y a plus d’un an, avant ses 6 semaines. Il se pourrait qu’il n’y ait tout simplement plus rien à trouver, même s’il y a eu quelque chose un jour.

E. Finalement, pratiquer de tels tests ce serait faire subir des examens pénibles voire mettre en danger Tropetit, pour un résultat partiel dont on ne saurait pas trop quoi faire, et donc essentiellement… dans le but « faire plaisir à la communauté » et montrer patte blanche, sans être forcément plus rassuré soi-même. Même d’un point de vue éthique je trouve ça discutable, vis-à-vis de Tropetit lui-même.

F. Sur les risques encourus par la femelle enfin. Il n’y a aucun cas de contamination de mâle vers femelle par l’infection respiratoire. En particulier, on notera que Maître Gonzo, père de la deuxième portée de Ramen (qui aurait pu être contaminé à cette occasion), n’a eu aucun souci, de même que ses petits avec PRH Sakura Bloom. Il reste le cas de la portée de Nagala et Gorgonzola, mais Nagala n’a pas eu de problème respiratoire immédiatement après la saillie (elle en a en ce moment, mais à plus de 6 mois de distance, j’ai des doutes, ça fait long comme incubation). Il n’y a aucun cas de souci de mise-bas dans la ligne ascendante directe ni chez Tropetit, ni chez Hellébore. Là encore, les personnes expérimentées que j’ai consultées pensent toutes qu’il n’y a pas de sur-risque de complications de mise-bas pour Hellébore, par rapport à une saillie avec tout autre mâle. C’est également ce que je pense, mais pour autant je propose les précautions évoquées (conditions de reproduction pour la suite), qui me semblent tout de même nécessaires, et pour toutes les raisons évoquées, suffisantes.

Et donc…

Tout ceci m’amène à mes conclusions :

A. Je pense qu’il n’y a pas de lien de dépendance direct entre les soucis respiratoires d’une part, et les soucis de mise-bas d’autre part, de la descendance de Ramen.

B. Je pense que ces différents soucis sont multifactoriels, et ne sont pas expliqués par une cause unique chez tous ceux atteints. Je constate également que parmi la nombreuse liste des potentiels facteurs dans les différents cas (gabarit anormalement petit de naissance, reproducteur dwarf, antibiothérapie avant la saillie, consanguinité très élevée…), on ne trouve pas grand chose qui concerne effectivement Hellébore et Tropetit (à la rigueur, la consanguinité de Tropetit, mais Hellébore et la portée prévue le sont beaucoup moins, et pas sur les mêmes ancêtres communs).

C. Je constate que les soucis de mise-bas sont absents de l’ascendance directe des deux reproducteurs pressentis (Ramen et Lhotse n’ont pas eu de problèmes de mise-bas et ont eu des portées de taille normale, de même que Dido et Kiseki : Kiseki a même eu une mise-bas particulièrement rapide et facile). Je pense également que le souci d’infection respiratoire, qui s’est manifesté de manière modérée et sans récidive chez Tropetit, n’a pas de raison de causer un problème de mise-bas à Hellébore. En ce qui concerne la transmission du souci respiratoire, bien qu’on n’ait pas constaté de transmission d’adulte à adulte, et que Tropetit ait eu un examen clinique et une radio OK et aucun symptôme depuis 1 an, cela reste une possibilité qui est aussi la raison pour laquelle je pose la condition « aucun symptôme respiratoire pendant le sevrage ».

D. Enfin je pense que pratiquer des examens complémentaires au petit bonheur la chance sur Tropetit le mettrait en danger pour obtenir des résultats potentiellement non pertinents, et que la balance bénéfice-risques est en défaveur de tels examens.

Pour toutes ces raisons (et quelques autres que je n’évoque pas ici par tact ou parce qu’elles impliquent d’autres personnes que je n’ai pas à mouiller là-dedans), je pense que la reproduction de Victor Tropetit, tout particulièrement avec Hellébore, ne présente pas de sur-risque inconsidéré par rapport à une portée lambda, même sans examen complémentaire préalable, et que par ailleurs, ses bénéfices attendus justifient de se lancer. Je pense même qu’Hellébore est la femelle idéale pour la reproduction de Tropetit avec le maximum de sécurité possible dans le contexte. J’ajouterai que Dune a déjà l’expérience d’une mise-bas difficile, habite à 4 kilomètres d’une très bonne clinique vétérinaire ouverte 24 heures sur 24, et que nous sommes en plein accord sur la question.

Il me semblait absolument nécessaire de poser tout cela par écrit et publiquement, pour anticiper et désamorcer calmement les réticences légitimes que ce projet de portée pourrait susciter. Sans ambition d’obtenir l’approbation de tous, j’espère ainsi au moins convaincre qu’il ne s’agit pas d’une décision prise à la légère, et qu’elle est respectable, à défaut d’être consensuelle.

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