La cambuse

J’ai faim, je veux manger, de la banane ! J’ai soif, et je veux boire, du lait de coco !

Il faut bien avouer que la nourriture est à la fois un élément central de la vie quotidienne, et un élément central de la construction du lien entre humains et rats ! Nous voulons à la fois qu’ils reçoivent une alimentation adaptée à leur espèce, propice à leur santé, mais aussi leur faire plaisir, voire les récompenser pour ceux qui pratiquent l’apprentissage de « tours ». De leur côté, il faut avouer qu’ils sont trèèès demandeurs, souvent gourmands, et qu’ils commencent à nous aimer d’abord parce que nous les nourrissons.

C’est source de questions récurrentes sur les forums : tel mélange que j’achète est-il « bien » ? puis-je donner telle ou telle friandise ? devrais-je les nourrir avec des bouchons ? ils trient, que faire ? Chacun y trouve sa réponse, voici la nôtre.

Bouchons

C’est sûrement de l’anthropomorphisme, mais je n’arrive pas à me résoudre à nourrir les pirates avec des bouchons.

Pour les néophytes, les « bouchons » (en anglais lab-blocks) sont des agglomérats nutritifs, parfaitement conçus pour une alimentation optimale de l’espèce à laquelle ils sont destinés, de la forme de petits cylindres, bien durs pour l’usure des dents, tous identiques, avec tous le même goût, en général gris-beige-triste. Ils sont sûrement très bien et je connais plein de ratouphiles qui nourrissent ainsi leurs rats qui sont en pleine santé.

Moi, je n’arrive pas à me faire à l’idée. Ils me font penser aux « chewing-gums repas » inventés par Willy Wonka et testés par Violette dans Charlie et la chocolaterie. Les goûts culinaires très affirmés de chacun de mes rats (j’en ai eu des végétariens stricts – vraiment ! -, des amateurs de fromage ou de poisson, …), je me dis que, même si ce n’est peut-être pas totalement optimal pour leur santé, ils apprécient sans doute un peu plus de diversité. Et ça me fait plaisir de leur faire plaisir.

Pour cette raison, je n’inclus éventuellement qu’un peu de bouchons dans leur alimentation, mais elle n’est pas basée sur les bouchons.

Mélange

Autre pratique traditionnelle chez les ratouphiles : composer soi-même un mélange de différents ingrédients, pour allier apports nutritifs, variété et plaisir ! La quadrature du cercle étant évidemment de trouver les bons ingrédients aux bonnes quantités, qui allient nutrition saine et plaisir, et en tenant compte de différents faits et contraintes :

  • les mélanges tout faits du commerce sont le plus souvent inadaptés (mais sont une source d’apports difficiles à trouver sous une autre forme, par exemple pour certains minéraux et végétaux extrudés) ;
  • les ingrédients complémentaires sont diversement disponibles, et il faut pouvoir les stocker en évitant les sacs ouverts et moitié pleins qui sont autant d’appeaux à charançons et autres mites ;
  • il faut calculer les taux de protéines et lipides pour en faire un mélange sain ;
  • éviter les aliments qui sont systématiquement boudés, sinon c’est bien la peine de calculer des taux !

Ma première recette, issue et adaptée de celle d’Ariane, était assez équilibrée et peu triée, bien que manquant un poil de diversité. Mon principal problème était que tout était calculé pour une petite boîte d’un kilo de mélange (à refaire très souvent, même pour une troupe de 3 rats), et m’imposait de conserver un grand nombre de sacs ouverts. A la troisième invasion de charançons, j’en ai eu marre !

J’ai donc acheté une graaaaaande boîte genre tupperware (mais plutôt destinée au stockage de vêtements et de jouets sous les lits, je crois !) et recalculé un mélange qui utilisait pile poil les quantités disponibles dans le commerce. Le supermarché du coin vend les coquillettes par paquet de 500g ou 1kg ? Amen, nous mettrons donc des coquillettes en quantité multiple de 500g. Exit les 225g de coquillettes. Sauf pour quelques éléments où ce n’était vraiment pas possible (riz soufflé, de densité beaucoup trop faible, ou graines de tournesol beaucoup trop riches), les paquets sont utilisés entièrement en une fois. Le stockage est minimal, le risque d’invasion nettement diminué.

Et puis évidemment au fil du temps, certains ingrédients sont boudés, certains deviennent indisponibles, on en apprend un peu plus sur la nutrition (ça n’a jamais été mon fort), et les choses changent encore. Aujourd’hui, j’emploie le système suivant :

  • une base permanente, composée en partie importante de céréales brutes complètes (blé, épeautre, orge, sarrasin etc.), qui sont meilleures que les ingrédients transformés, et d’ingrédients « valeur sûre » trouvables partout et source de diversité ;
  • des ingrédients « tournants » pour le plaisir et la diversité, qui sont alternés à chaque nouvelle fournée.

Le tableau suivant liste tous les ingrédients que j’ai été susceptible d’utiliser dans un mélange jusqu’à mi-2017. (Révision ensuite, cf. ci-dessous.) Il est rare qu’ils soient tous présents, mais il est aussi rare qu’ils soient ignorés trois fournées de suite (un mélange dure entre un mois et demi et deux mois environ pour une troupe de 6). Les ingrédients « permanents » sont signalés par une astérisque.

IngrédientCatégorie (source de...), origineProtéines (%)Lipides (%)Quantité
* Blé KamutCéréales brutes, magasin bio17,32,6500 g
* Épeautre completCéréales brutes, magasin bio10,62,6500 g
Flocons d'épeautreCéréales soufflées, magasin bio8,42,1375 g
* Gruau d'avoineCéréales brutes, magasin bio11,15,8500 g
* Orge mondéCéréales brutes, magasin bio9,11,7500 g
Sarrasin décortiquéCéréales brutes, magasin bio13,33,4500 g
Flocons de sarrasinCéréales soufflées, magasin bio144200 g
* Riz souffléCéréales soufflées, supermarché6,61,2250 g
Torsades de riz aux légumes Céréales et légumes transformés, magasin bio82,5250 g
* Flocons de maïsCéréales soufflées, supermarché8,11,4375 g
Torsades aux lentilles corailProtéines, magasin bio282,5250 g
* Flocons de poisProtéines, animalerie en ligne232250 g
* Coquillettes blanchesGlucides, supermarché ou magasin bio121,5500 g
* Coquillettes blé completGlucides, magasin bio11,22,7500 g
Coquillettes d'épeautreGlucides, magasin bio121,8 500 g
Raisins secsFruits, supermarché2,60,6100 g
* Versele Laga "Rat Nature"Mélange varié, animalerie17,59500 g
Versele Laga "Rat Complete"Bouchons, animalerie205250 g
Supreme Selective ScienceBouchons, animalerie en ligne144500 g
** Croquettes chatProtéines, animalerie en ligne4220200 g

* Ingrédients « de base », toujours présents. Les autres sont alternés, en respectant la diversité et en évitant de cumuler trop d’ingrédients floconnés sur un seul mélange.

** Après des années à fonctionner avec un mélange de facto végétarien (pas spécialement par idéologie, mais parce que je trouvais que les croquettes chat disponibles n’étaient pas de qualité suffisante, notamment à cause de leur fabrication à base de sous-produits), j’ai tout de même dû les réintroduire car il devenait difficile de maintenir un taux de protéines suffisant (surtout quand ils se sont mis à bouder les pois et les lentilles sous toutes leurs formes). J’alterne donc actuellement, en fonction des offres internet, entre les croquettes Taste of the Wild Rocky Mountain, les Orijen poisson ou poulet, les Purizon poisson et poulet, et les Nutrivet Farm Chicken. Toutes ayant des taux comparables je n’ai mentionné qu’un générique « croquettes chat » dans le tableau.

Ce qui fait, si on met tout, 7 kg 500 de mélange avec un taux de protéines de 13,75% et de lipides de 3,6%. Comme je ne mets généralement pas tout, j’ajuste éventuellement les quantités avec le calculateur en fonctions des ingrédients qui ont été retenus pour le mois. Les lipides pourraient être légèrement plus élevés mais ils sont compensés par les apports frais issus de notre assiette.

Quelques exemples de variations :

  • On met tout sauf flocons d’épeautre, sarrasin décortiqué et flocons de pois (qui sont boudés s’il y en a trop souvent, alors qu’ils sont remangés avec plaisir la fois suivante). Taux 13,75 % / 3,6 %.
  • On fait une pause sur les ingrédients d’animalerie, donc tout sauf Rat Complete, SSS et croquettes chat. Taux 12,5 % / 3 %, c’est le mois régime, on veille à bien compléter en apports frais de protéines (ou on augmente un peu les pois et les lentilles).
  • Suivant disponibilité on peut aussi remplacer les coquillettes blanches et complètes par 1 kilo de coquillettes semi-complètes (ce qui ne change essentiellement pas le taux).

Etc, etc. En ce moment, on teste les flocons de châtaigne, et on envisage l’éviction totale des bouchons Supreme Selective Science (qui ont des conséquences digestives et olfactives fâcheuses à notre goût). D’un mois sur l’autre, il y a donc souvent des différences, ce qui fait un peu de diversité sans pour autant bouleverser le régime. De toute manière, entre l’inévitable répartition inégale de qui-mange-quoi et les apports frais, vouloir maintenir à tout prix un taux à la virgule près n’a pas vraiment de sens (1% de différence sur une ration de 25 grammes, ça fait un quart de gramme, ne l’oublions pas !). Tant qu’on est dans les clous, qu’il n’y a pas trop de choses laissées par tout le monde, que le poil est beau, tout va bien. L’équilibre se fait sur le long terme.

Mise-à-jour août 2017.  Parce qu’on n’a jamais fini d’apprendre et de se remettre en question, l’été est l’occasion d’une grosse révision ! Nouvelle recette à l’essai. Fin définitive des SSS (effet pourri sur les boyaux même en petite quantité). Arrêt des tentatives de baies (mulberry, cranberry et autres achetées sur ratrations : ça a juste augmenté considérablement la valeur du contenu de mon aspirateur) et autres fruits secs. Ils ne les mange pas alors qu’ils mangent les fruits frais sans soucis, donc ce sera fruits frais ! Suppression des pâtes blanches, ils en ont bien assez en friandises, donc on passe tout au complet, semi-complet ou autres farines que blé. Encore un peu plus de graines brutes, avec de nouvelles espèces (millet, alpiste, chènevis, lin, sorgho…). Remplacement progressif des Versele Laga par des Beaphar Care+ (séduite par un premier essai) et nouvelle tentative de se passer des croquettes chat pour les protéines (pas par principe, mais parce que les bonnes croquettes étaient dures à se procurer et franchement odorantes). Mise en place d’un calculateur incluant vitamines et minéraux (parce qu’il n’y a pas que les protéines et les lipides dans la vie). Mélange à valider et affaire à suivre !

Dans le placard des pirates…

placardseaugraines

Bien sûr tout le monde n’a pas le loisir ou l’envie d’acheter 20 ingrédients différents et de calculer des taux chaque semaine. En se limitant au plus simple, la base de mélange suivante vous fait 5 kilos de mélange aux taux de 13,5% de protéines et de 3,5% de lipides, toujours avec des comptes ronds, sans aller à 10 endroits différents pour les trouver : ça peut toujours servir !

IngrédientCatégorie (source de...), origineProtéines (%)Lipides (%)Quantité
Blé KamutCéréales brutes, magasin bio17,32,6500 g
Épeautre completCéréales brutes, magasin bio10,62,6500 g
Gruau d'avoineCéréales brutes, magasin bio11,15,8500 g
Orge mondéCéréales brutes, magasin bio9,11,7500 g
Riz souffléCéréales soufflées, supermarché6,61,2250 g
Flocons de maïsCéréales soufflées, supermarché8,11,4375 g
Flocons de poisProtéines, animalerie en ligne232500 g
Coquillettes blanchesGlucides, supermarché ou magasin bio121,5500 g
Coquillettes blé completGlucides, magasin bio11,22,7500 g
Versele Laga "Rat Nature"Mélange varié, animalerie17,591000 g

Quantités

Nous avons longtemps pratiqué le mélange disponible à volonté, c’est-à-dire que les gamelles étaient remplies quand elles étaient vides (ou quasi vides, parce qu’on avait pitié quand il ne restait plus que de l’orge et de l’avoine). Le problème, c’est que même s’ils ne triaient pas trop, même si on essayait d’être forts et de ne pas remplir de gamelles encore à moitié pleine des trucs les moins appréciés, nos rats étaient régulièrement trop gros voire obèses pour certains. A un moment, on s’est dit que ce n’était plus possible de continuer comme ça (quand chaque photo postée sur facebook déclenche une vague de « waaaouuw qu’est-ce qu’il est gros » plutôt que de « trop beaux, trop mignons », ça finit par être vexant). Il faut savoir que le rat est un animal qui a tendance à manger davantage que nécessaire, son instinct lui dictant de profiter pendant qu’il y en a, en prévision d’une pénurie future. La pénurie n’étant pas vraiment un problème en milieu domestique, mieux vaut les restreindre.

Aujourd’hui, donc, nous pesons et nous rationnons. La ration est calculée en suivant les recommandations de la littérature, soit 5g par 100g de rat et par jour, en comptant le poids idéal et non le poids réel. Par exemple, un rat de 600g trop grassouillet et qui devrait peser 500g pour avoir les félicitations du vétérinaire comptera pour 25g de mélange et non 30g par jour. Nous additionnons le tout et nous mettons dans la gamelle la ration pour 2 jours. La gamelle est remplie le dimanche après-midi lors du nettoyage de la cage, le mardi soir et le jeudi soir, même si elle est vide avant (et je peux vous confirmer qu’elle est toujours parfaitement vide). L’intervalle jeudi soir – dimanche midi est plus long mais ils reçoivent tout de même la ration pour 2 jours le jeudi soir, ce qui ménage éventuellement un petit jeûne (qui est plutôt bénéfique) et surtout compense le fait que nous déjeunons à la maison le samedi et le dimanche et qu’ils sont donc susceptibles d’avoir un petit bonus frais supplémentaire par rapport à la semaine ouvrée.

Par ailleurs les matelots passent sur la balance tous les dimanches avant de retrouver leur cage propre. Ce petit rituel nous permet de surveiller leur poids, détecter précocement un problème, et ajuster rapidement les quantités si on constate une dérive vers le haut !

Frais et extras

Les matelots ont droit tous les soirs à une petite soucoupe issue de l’assiette du capitaine et de son second : pâtes ou riz cuits, légumes (cuits ou crus suivant le type), fruits, yaourt, fromage, un petit morceau de viande ou de poisson… Au début ce n’était pas systématique, puis le second est venu s’installer sur le bateau, Super Timor et ses pouvoirs psychiques ont rejoint l’équipage avec sa bouille de « tu vas pas me laisser mourir de faim quand même !! »… et c’est devenu un vrai petit rituel. A l’heure du dîner, ces messieurs ont toujours le nez en l’air, s’éveillent de leur sieste, se font propres pour manger… ils savent très bien qu’ils auront leur écot.

Nous ne salons jamais nos aliments (en dehors de l’eau des pâtes et de l’usage de beurre salé !), ne mangeons quasiment jamais de plats industriels tout cuisinés (en dehors d’une pizza de temps en temps), cuisinons des produits frais, le plus souvent locaux achetés au marché ou au rayon frais du supermarché. Je considère donc que ces apports sont sains et apportent de la diversité sans compromettre la qualité de leur alimentation. Bon c’est sûr que ça biaise un peu le calcul des taux, mais tant qu’ils sont en bonne santé avec un beau poil, je me dis qu’on ne peut pas avoir complètement tort. Et c’est aussi un grand moment de plaisir partagé tous ensemble (surtout si nous mangeons sur la table basse auprès d’eux, ce qui est souvent le cas !)

En ce qui concerne les friandises plus riches ou sucrées, elles sont réservées à la récompense ou la consolation : après un soin douloureux ou désagréable (flush d’un abcès, séance d’aérosol), une visite chez le vétérinaire par exemple. Nous ne pratiquons pas vraiment l’apprentissage de tours, mais suivant les dispositions du raton et l’envie du moment, la friandise peut évidemment servir pour une phase d’apprentissage de quelque chose. Kubrick avait par exemple très bien appris à marcher sur une canne grâce à cette technique.

 

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