Permission au sol

C’est pas parce qu’on a une belle cage qu’on a envie d’y passer 24h/24. Les matelots ont quartier libre tous les jours : de 18h à minuit environ en semaine, tout le week-end en général, et parfois un peu plus dans la semaine au bon vouloir du second du capitaine. Mais où vont-ils et que font-ils donc pendant cette sortie ? Et pour le transport, les voyages ? Et les quarantaines ? Tout sur la vie hors du bateau.

Environnement et sorties quotidiennes

La Royale est installée au cœur de notre maison, dans le salon. (Ci-dessous une photo de la configuration dans notre appartement précédent, reproduite quasi à l’identique dans notre nouvelle maison). Ainsi, même cage fermée (ce qui est finalement assez rare), les matelots ont de la compagnie, ils partagent vraiment notre quotidien. Ouverte, la cage communique directement avec le canapé et un fauteuil réservé à ces messieurs, équipé de polaires moelleuses et d’une maison puzzle.

Nous passons une bonne partie de la soirée, et des journées de week-end dans cette pièce. Nous ouvrons alors la porte en bas à droite, et les pirates peuvent aller et venir à leur guise. Ils ont également une petite aire de jeux sur le toit de la cage (régulièrement réaménagée) où ils grimpent volontiers pour dominer la situation ! Nous veillons à passer des moments avec eux sur le canapé où nous ne faisons rien d’autre, notre attention leur est dévouée pour jeux et gratouilles. Le reste du temps, nous regardons la télévision, jouons à la console (la télévision est située en face du canapé), lisons, mangeons, allons et venons entre le salon, la cuisine, étendons une lessive… en leur compagnie.

La porte est ouverte dans la matinée (entre 9h et midi suivant les jours) et le reste jusqu’à l’heure du coucher : en général vers minuit, avec un petit toilettage de la cage (ramassage des crottes et changements des sopalins) et le remplissage des gamelles (si vides), qui sonnent le rappel. En général, les matelots se rangent tout seuls car ils savent que c’est l’heure ! Le second travaillant à domicile, il lui arrive de venir passer un moment avec les affreux dans l’après-midi en semaine. Le week-end, nous sommes souvent beaucoup avec eux.

Le par terre, c’est tabou !

Les matelots ne vont pas au sol. Un marin à la mer, pas question !

J’ai pris cette habitude dans mon premier appartement. C’était un appartement ancien, aucune porte ne fermait, elles étaient toutes voilées, tordues… et je n’avais pas la moindre envie de retrouver un raton dans les toilettes ou derrière le frigo. Sans parler des câbles partout (famille d’informaticiens…). Nous avons donc instauré le grand tabou du par-terre. Pour les premiers, qu’heureusement leur naisseuse avait habitués à rester sur la table où elle les sortait, j’ai dû être assez vigilante les premières semaines : rat retourné sur le dos dès l’ébauche d’une tentative de renifler un peu trop bas vers le sol. Ils ont très vite pigé et depuis, hors rare exception, je n’ai eu aucun effort à faire pour que la règle soit respectée, le mimétisme entre anciens et nouveaux faisant seul son office.

Aujourd’hui j’occupe une maison où il serait possible de sécuriser la pièce de vie des rats pour qu’ils aillent au sol… mais en fait, c’est tellement rassurant et confortable de savoir qu’ils n’y vont pas que nous avons maintenu cette pratique. Ils ne semblent pas en souffrir : j’ai remarqué que l’essentiel pour eux est d’avoir présence et attention sur leur terrain de sortie, peu importe sa taille. Si nous les stimulons, nous asseyons avec eux, ils ne cherchent pas du tout à agrandir leur territoire ; si nous vaquons ailleurs, ils vont plus spontanément aller roupiller derrière un coussin ou carrément rentrer dans leur cage.

De temps en temps, nous prenons ceux qui aiment cela sur l’épaule pour faire un tour dans l’appartement. Backup aimait beaucoup venir sur l’épaule quand nous cuisinons, il reniflait les bonnes odeurs de popotte et restait très sages. D’autres n’aiment pas du tout sortir du salon, nous respectons cela et ne les promenons pas.

Zones de quarantaine

En cas d’arrivée de nouveau matelot, de maladie nécessitant l’isolement ou d’accueil temporaire d’invités, deux pièces peuvent être utilisées pour des quarantaines strictes. Nous avons désormais la chance d’habiter une grande maison sur deux étages parfaitement adaptée pour faire de bonnes quarantaines. Les pièces pouvant accueillir des rats (salon au rez-de-chaussée, chambres et bureau à l’étage) sont toutes séparées mutuellement par au moins deux portes, et la salle de bains se trouve entre les deux portes quelle que soit la paire de pièces considérée. Il est ainsi possible de systématiquement pratiquer la séquence : quitter la pièce 1, fermer la porte 1, passer à la salle de bains pour lavage de mains, changement de vêtements ou douche suivant le moment de la journée et le besoin, ouvrir la porte 2, entrer dans la pièce 2. Ceci nous permet théoriquement d’avoir jusqu’à quatre groupes de rats en quarantaine stricte, même si en pratique, on n’a que rarement dépassé deux, et jamais plus de trois.

Permission au lit

Quand j’ai eu mes premiers rats, je savais déjà que j’allais les gâter-pourrir, mais j’avais dit : le seul truc que je ne ferais jamais, jamais jamais juré craché, c’est les prendre dans mon lit.

Et puis il y a eu Tipiak. Solitaire même après castration, nous l’avions installé dans notre chambre et ses sorties se faisaient tous les soirs sur le lit. Puis sur les genoux. Puis sur l’oreiller. Finalement, il a passé tous les soirs de ses 6 derniers mois dans le lit, le petit pirate… tranquillement couché sur mon ventre ou dans ma main (j’en ai attrapé des crampes parfois) pendant que je bouquinais.

Aujourd’hui, grâce à notre expansion dans une grande maison, la chambre des humains est redevenue taboue et c’est la chambre d’amis qui a potentiellement cet usage. Le dessus du lit sert essentiellement aux sorties des nouveaux pendant leur acclimatation-quarantaine et aux intégrations. Pour une occasion spéciale, un anniversaire, le retour d’un bonhomme après un séjour chez sa fiancée… il arrive qu’un pirate ait une petite soirée privilège, où il vient passer un moment avec les humains dans le lit. Cela reste cependant exceptionnel.

En voyage

Pour les trajets courts ou longs, nous possédons plusieurs boîtes de transport Ferplast (medium et large) et des sacs pouvant les contenir. Nous ne sortons jamais dans la rue avec des rats libres. Je considère que c’est un danger et un stress pour eux (lumière, bruits, changements de température, risque de fuite) et que par ailleurs je n’ai pas à imposer leurs vues à des passants potentiellement phobiques (la phobie des rats est bien plus courante que celle des chats et des chiens, et une phobie ne se discute pas !).

Pour tout voyage un peu long, ou s’il fait froid, on utilise le canot des pirates, un très beau sac réalisé sur mesure par Enora du Dodo Créatif. Le canot a remplacé la ratmobile, un sac de voyage en simili cuir protégeant bien de la lumière et du froid mais dont l’ouverture était malpratique.

sacpirate

On peut l’équiper avec tout le nécessaire : la boîte de transport avec le rat, une petite couverture polaire sous la boîte (ou autour pour du chaud bonus) et qui pourra servir de couverture de sortie une fois le rat à destination, un rouleau de sopalin, un biberon tenu bien vertical grâce au reste, un tupperware de graines, une bouillotte ou un pain de glace dans la poche du dessous si nécessaire, et traditionnellement, un petit cadeau pour l’hôte si le rat part pour une saillie ou une garde. Voyage trois étoiles !

Le mitard

La plupart des rats comprennent très vite les interdits et les choses qui ne se font pas : soit par mimétisme, soit par un non ferme, une mise sur le dos, un bon souffle sur le nez. Mais pour certains tabous sérieux (on ne se bagarre pas sur les humains, on ne mord pas…), pour les périodes ado-con, et certains rats têtus (suivez mon regard…), nous avons dû mettre en place la punition suprême, quelque chose qui fait vraiment comprendre que non c’est non : le mitard.

Je voulais éviter la remise en cage fermée ou la boîte de transport, pour ne pas associer la cage ou la boîte de transport à une punition ! Nous avons donc une boîte spéciale pour cela. Il s’agit d’une boîte à chat, avec un grillage à l’avant. Elle est totalement vide. Le rat qui a fait une groooooosse bêtise pour la quinzième fois y fait un séjour de 15 à 20 minutes en général. 1 heure s’il commence à vraiment nous courir sur le haricot. La grille est tournée contre le mur. Pour certains rats, ne pas être regardé est la partie la plus cruelle de la punition !

mitard

En réalité, le mitard n’a servi qu’une poignée de fois (Facteur Cheval et Coke en Stock y ont goûté une fois ou deux), et principalement pour Super Timor, dans la période où il était vraiment casse-pieds avec les autres. Au bout de quelques séjours, la simple évocation du mot « Super Timor, tu arrêtes sinon MITARD ! » suffisait à faire cesser immédiatement toute tentative de bêtise. Il faut dire qu’il avait oublié d’être bête, celui-là. Il couchait gentiment les oreilles, regardait ostensiblement le copain qu’il s’apprêtait à martyriser, puis nous regardait avec son air de « t’as vu, j’avais envie, mais c’est pour TOI que je ne le fais pas ». Je l’ai vu une fois, suivre des yeux la queue d’un copain qui pendait devant son nez comme un pendule, se retenant manifestement très fort de ne pas croquer. Je l’ai regardé, je lui ai dit « attention, Super, mitard ! », et il a couché sa tête entre ses pattes, avec le soupir d’un enfant au magasin de jouet à qui on vient de dire qu’on ne lui achèterait rien cette fois. Priceless !

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